Hélène Gaudy au Carré Baudouin

Un monde sans rivage

 

Entretien avec Hélène GAUDYJeanne benameur

Quand la littérature interroge les images.

 D’où vient l’inspiration ? Quand commence un texte dans la tête d’un écrivain ? Pour Hélène, l’émotion s’est nouée face à des négatifs, usés, fragmentés, derrière la vitrine d’un musée, à Copenhague. Là, quelque chose lui a fait signe et, à travers son texte, elle nous fait signe à son tour, elle nous passe le relais en interrogeant chaque image presque effacée, et elle creuse creuse à travers les cent vingt deux ans qui nous séparent de ces trois fous, partis un jour de 1897 dans un ballon de soie rose, pour voir et photographier le monde, d’en haut, L’Arctique, en presque costume de ville. Et plus dure sera leur chute... sur la banquise qui dérive où ils achèvent leurs jours en se regardant, en photographiant tout, et eux-mêmes... Mais qu’ont-ils vraiment vu que nous ne savons pas voir ? C’est à ce récit, à ces récits enchâssés qu’Hélène nous entraîne et dans une réflexion sur la place du regard, sur les rôles des images dans nos vies. Son texte est à la fois la construction d’un récit, d’une enquête, un questionnement sur ce lien fragile et si nécessaire qui se tisse entre les hommes et leurs expériences au-delà de l’amoncellement des jours et sur lequel nous nous appuyons sans que nous en ayons toujours conscience, de génération en génération. Et, l’hypothèse, (que nous partageons très fort) que la place de l’artiste est essentielle, n’est-il pas le redécouvreur des dernières zones blanches, sur ce rivage qui s’éloigne, que l’on tente de retenir, mais qui, de plus en plus, nous échappe tout au long d’une métamorphose qui change notre langage lui-même ?

Un Monde san rivage roman éditions Actes Sud

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